Les livres d'histoire retracent les événements dans leurs grandes lignes, rarement comme les gens les ont eux-mêmes vécus de l'intérieur. À l'heure où beaucoup de témoins du XXe siècle s'éteignent, la voix de Reiko Kruk-Nishioka s'éveille pour nous conter l'horreur. « Je ne suis pas une historienne, ni une philosophe, encore moins une romancière », mais sa plume et ses pinceaux ravivent une plaie inoubliable au Japon. Dans sa préface, Frédéric Mitterrand se dit touché par cette « petite âme légère et résolue qui franchit les abîmes du temps », pour nous entraîner vers son enfance particulière. Celle d'une fillette, qu'elle appelle ici Keiko, qui grandit dans un coin provincial, près de Nagasaki. Rêveuse, elle semble fascinée par les Libellules rouges, ces avions promis à un avenir héroïque. Leurs pilotes sont voués à devenir kamikazes. Parmi eux, Koyama fait battre son cœur. « Il est si gentil, si beau... » Difficile de croire que ce jeune soldat porte une telle mission sur ses frêles épaules. Keiko est d'autant plus captivée quand il lui propose un baptême de l'air. Mais cette bulle merveilleuse prend une autre dimension dans le contexte politico-social d'alors, cet « effort de guerre » vers lequel tout le Japon est tourné. L'héroïne ne comprend pas trop le monde des adultes. On la suit tout au long de quatre saisons et d'un coup de tonnerre. Les attaques de Hiroshima et Nagasaki arrivent sans prévenir et ébranlent tout. « C'est quoi la radioactivité ? », se demande la protagoniste. « Les adultes ne répondent jamais à ces questions. » Les dégâts, physiques et psychologiques, les traumatismes, se font ressentir y compris au sein de sa propre famille. « Toutes les histoires du passé ne sont pas des histoires pour enfants et des contes de fées. » Reiko Kruk-Nishioka exorcise le cauchemar en imaginant un roman semi-naïf, à hauteur d'enfant, composé d'un récit et de peintures à l'aquarelle. « Tu étais petite, mais tu es un témoin, un témoin vivant. Tu dois écrire notre histoire. » Reiko réalise enfin cette promesse. « Il y a tant à faire pour survivre », comme le rappelle Frédéric Mitterrand en préface.
Les Libellules rouges Traduit du japonais par Patrick Honnoré
Globe
Tirage: NC
Prix: 20 € ; 150 p.
ISBN: 9782211309141
